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Catalyseur d’innovations

Monaco Smart & Sustainable Marina | Monday 20 septembre 2021

 

Le premier Monaco Smart et Sustainable Marina vient de s’achever au terme d’un long processus de sélection auquel se sont pliées 55 starts-ups internationales pour participer à cette initiative organisée par M3 (Monaco Marina Management). Alors que les prévisions démographiques estiment à plus de 75% la population mondiale qui vivra dans les zones côtières d’ici 2035 et que le secteur du yachting est en plein essor dans le monde entier, correspondant au développement de nouvelles destinations avec la création de marinas, le Monaco Smart et Sustainable Marina s’inscrit comme une plateforme d’échanges inédite, destinée à proposer des solutions concrètes pour construire des marinas vertueuses où lorsque la technologie se met au service de l’environnement. Monaco se positionnant ainsi comme la capitale du smart yachting.

Le rendez-vous a rassemblé un écosystème de près de 250 personnes (en présentiel et distanciel), représentant les acteurs les plus importants du secteur (armateurs, chantiers, start-ups, industriels, investisseurs) qui ont pu se rencontrer afin d’apporter une réponse collective aux enjeux climatiques et encourager ainsi l’innovation responsable, en présence notamment de S.A.S. le Prince Albert II, Président du Yacht Club de Monaco et de S.A.R. la Princesse Haïfa Al-Saud, Ministre Adjointe du Tourism​e, et de S.A.R. la Princesse Sarah Al-Saud, Directrice du Développement Maritime à l’Académie des Sciences, de la Technologie et du Transport du Royaume d’Arabie Saoudite, et première femme capitaine du Conseil de Coopération Maritime des pays du Golfe.  A noter que cette initiative bénéficie du soutien de la Fondation Prince Albert II de Monaco et de Extended Monaco, le programme de transformation numérique du Gouvernement Princier de la Principauté, aux côtés de Credit Suisse, qui s’impose comme la banque du Yachting, Bombardier, SBM Offshore, Teledyne, Xerjoff, NGE Connect et du Yacht Club de Monaco qui accueille par ailleurs ce premier rendez-vous.

Mettre en valeur l’innovation

« Donner de la visibilité à de jeunes entreprises qui améliorent nos modes de production, et qui, à travers leurs projets, bâtissent les Marinas du futur, de véritables condensés de ce que seront les Smart Cities, voici en substance la philosophie de ce rendez-vous » explique José Marco Casellini, CEO de M3 (Monaco Marina Management).
« Cette première édition a permis de réunir un écosystème d’acteurs dont la collaboration rendra possible l’exploitation des technologies innovantes au service d’un développement durable pour atteindre la neutralité carbone et dans le respect de la biodiversité » note Geraldine A. Gustin, CEO de Blumorpho.

Pour consulter les 55 start-ups et le E-Catalogue : www.sustainablesmartmarina.com/ecatalogue

Les premières prises de parole ont permis de rentrer très rapidement dans le vif du sujet. « Les impacts mondiaux du changement climatique devraient continuer à augmenter en fréquence et en gravité et seront irréversibles pendant des siècles, voire des millénaires, et sont incontestablement liés à l’activité humaine », note sans concession Marisa Drew Directrice Générale du développement durable et Responsable Mondial Stratégie, Conseil et Finances en matière de développement durable chez Credit Suisse. Il faudrait en effet réduire de 9% par an pendant 11 ans nos émissions carbones pour maintenir le cap des 1,5 degrés de l’accord de Paris.  Le secteur financier a un rôle à jouer, notamment en matière d’économie bleue. Investir dans des solutions durables peut, et doit, servir de levier à des stratégies inspirantes pour de nouvelles entreprises. L’urgence étant là, il est désormais nécessaire d’agir… et de manière réfléchie comme en témoigne la création des nouvelles stations balnéaires le long de la mer Rouge, qui, en résolvant la problématique du tourisme dans la région, s’est « inspirée de la nature pour développer une station conceptuelle qui laisserait intacte la côte » comme l’explique Nicholas King, en charge du projet Red Sea Development en Arabie Saoudite. La Commission Européenne continue par ailleurs de soutenir le développement de nombreux projets valorisant les écosystèmes maritimes durables comme le rappelait Linos Voskarides, de la Direction générale des Affaires Maritimes et de la Pêche de la Commission Européenne.

Les armateurs maintiennent le cap

Les propriétaires de yachts ont bien pris la mesure de ce constat et sont décidés à agir conjointement. Alors que Richard Attias puis Murat Vargi ont évoqué successivement la nécessité pour les marinas d’être des lieux de vie agréables, offrant un environnement sûr à la fois pour les yachts, leur équipage et leurs invités, ainsi que tous les services liés au bien-être, aux sports et aux activités pour les enfants, Georges Cohen a souligné qu’avant même d’en arriver là, il est crucial que certains aspects clés soient résolus. Electrification correcte, utilisation d’une énergie propre pour ne plus avoir besoin de faire appel à des générateurs diesel, application des règles existantes, gestion des eaux grises et noires, ou même de l’eau potable… sont autant de défis auxquels de nombreuses marinas doivent encore faire face.
Idem pour Marco Casiraghi, qui a expliqué que de nombreuses solutions existent déjà mais ne sont pas toujours connues, ni utilisées. Les préoccupations, exprimées par de nombreux propriétaires de yachts, ne trouvent pas beaucoup d’écho auprès des régulateurs internationaux tels que l’OMI. Tous deux ont ouvertement insisté sur le fait que ceux qui ne respectent pas l’environnement dont ils jouissent devraient assumer le coût de leur mauvais comportement.
Une prise de conscience qui ne peut se faire qu’en éduquant au respect de l’environnement. Ils ont été rejoints par Matthias du Verle, capitaine de super-yacht, pour qui ces changements devraient également impliquer le design et la conception du yacht. Les débats ont par la suite permis de confronter les défis des marinas existantes aux perspectives offertes par les nouveaux projets dans le domaine de la durabilité, de la gestion de l’énergie à la préservation des ressources et de la biodiversité, en passant par la sécurité et ce que l’ère numérique peut apporter.

La durabilité, mission prioritaire

Les préoccupations liées à la durabilité ont occupé la plus grande partie des discussions. Une fois de plus, les panélistes ont souligné que l’électrification était une priorité pour tous, en particulier pour les ports de plaisance existants, en gardant à l’esprit que, comme l’a évoqué Aleco Keusseoglou, Directeur Général des Ports de Monaco, il peut s’agir d’une tâche intimidante lorsque vous exploitez un port de plaisance public très fréquenté tout au long de l’année – mais une entreprise essentielle néanmoins, et désormais une priorité résolue à Monaco.  S’il est désormais possible de rendre les bâtiments intelligents en consommation énergétique, il n’y a aucune raison de ne pas l’appliquer aux marinas prévient Capt. Ahmed F. Shaker, Directeur du Développement et des Opérations Maritimes, Sela (Arabie Saoudite), qui est revenu sur le développement du Jeddah Yacht Club & Marina. Utilisation de matériaux recyclés, recours à l’énergie solaire, politique stricte de « non-ancrage » dans les zones marines remplies de récifs coralliens qui abondent autour de leur site, interdiction de l’utilisation de produits de nettoyage et d’anti-fouling non biodégradables, et utilisation de navires fonctionnant uniquement à l’électricité et/ou à l’hydrogène, sont quelques-unes des initiatives pour lesquelles il a opté. Et de préciser que toutes les marinas doivent aller au-delà de ce qui est réellement attendu d’un point de vue réglementaire ; un constat partagé par Ra’anan Ben Zur, le promoteur du Habacoa Yacht Club à South Abaco, aux Bahamas, dont le projet présente des solutions similaires. Si tous deux ont admis que ces développements durables représentaient un investissement énorme, ils y voyaient une valeur au-delà du seul impact écologique positif. « L’investissement dans la préservation de l’environnement devrait être inclus dans les comptes des entreprises et intégré dans la valeur globale de toute entreprise, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui » estime Brendan Jack, Directeur du développement durable d’AMAALA (Arabie Saoudite). Wang Dafu, président du Visun Group en Chine, a abondé dans le même sens expliquant que l’utilisation de l’approvisionnement en énergie verte doit devenir une priorité et doit être combinée à une meilleure utilisation des ressources. Tony Browne, directeur des opérations à Porto Montenegro, a ensuite déclaré qu’ils avaient eu la possibilité de mettre en œuvre de telles solutions dès le début, et qu’ils en avaient vu les avantages immédiatement. Sachant qu’il existe aussi aujourd’hui de nombreuses possibilités de rénovation de marinas existantes avec de nouveaux matériaux de construction tels que le « béton intelligent » qui aide à régénérer l’habitat marin, Christian Denhard, de Rybovich Superyachts Marina Director, a mis en évidence que des solutions pouvaient être mises en pratique dès maintenant, y compris en s’appuyant sur les innovations portées par les start-ups, à la seule condition de le vouloir vraiment.

Priorité aux installations techniques

David Queva de Monaco Marine, Henk Dreijr de MB92 et Philippe Vincensini, directeur des chantiers navals de La Ciotat, ont admis que les défis étaient nombreux, en partie parce qu’ils ne partent pas de zéro, mais aussi parce qu’en tant que prestataires de services, ils sont confrontés à un « dilemme » complexe : les investissements importants dans la durabilité ont un impact sur les rendements économiques, car il ne leur est pas encore possible de transformer ces investissements en frais plus élevés. Si les clients deviennent plus compréhensifs, tous trois estiment que le chemin à parcourir est encore long et sinueux et que l’éducation de l’équipage, des travailleurs, et même des propriétaires de yachts est la clé.

Smart marina, miroir de la smart city

« Les solutions développées pour les villes sont applicables dans la majeure partie aux marinas » selon Philippe Sajhau, Vice-Président de IBM France. Quatre ressources sont néanmoins prioritaires dans la conception d’une Smart Marina rappelle Eric Pingat, Président de Pingat Property & Hospitality, à savoir l’énergie, l’eau, la gestion des déchets et la biodiversité. Concernant la gestion énergétique des marinas, Alessandro Pellicano de ENEL-X précise que les technologies existent et qu’il est possible de « décarboner » une Marina en délivrant une énergie propre aux plaisanciers. L’enjeu principal réside dans le coût de l’énergie fossile qui reste inférieur à celui d’énergies renouvelables. Ce déséquilibre défavorable pose également la question d’un investissement dans les infrastructures qui peut se résoudre par des partenariats Publics Privés. Pour Eric Pingat, dans le contexte énergétique actuel, la décarbonisation ne sera possible que par une prise de décision d’investissement motivée par une conscience environnementale. Dans une parfaite transition vers le panel suivant, Philippe Sahjau est revenu sur la « IBM Zero Carbon platform » capable de piloter l’empreinte carbone.

La technologie comme ressource inestimable

Le chemin vers un développement industriel durable passe par le partage et la transparence des données. C’est précisément la culture des acteurs Tech de digitalisation. Au cœur des discussions, le concept de Digital Twin continue de faire ses preuves. Dispositif capable d’anticiper l’empreinte carbone des infrastructures, il permet également de modéliser l’environnement et d’en prédire son évolution grâce à l’utilisation d’algorithmes d’intelligence artificielle, comme le rappelle Nicolas Leterrier, CTO de Schneider. David-Pierre Mangiapan de NGE Connect confirme quant à lui qu’il existe toute une gamme de solutions de captage et d’analyse de données permettant des gains jusque 20% sur la consommation d’eau et 50% sur les consommations d’énergie. A noter qu’une gestion optimisée des ressources passe par la reconnaissance de l’eau en tant que ressource critique et requiert des systèmes intelligents de maintenance de l’infrastructure, en particulier pour la détection des fuites. Des solutions sur lesquelles Mark Brown de Teledyne est revenu, en détaillant les systèmes de capteurs d’image infrarouge, véritable garantie pour prévenir les fuites, les anomalies par l’identification des zone chaudes et pour assurer, in fine, la sécurité des plaisanciers. Aussi, comme l’a précisé Nicolas Leterrier, le déploiement de capteurs permet d’envisager de nouvelles applications. S’inspirant des véhicules électriques, les yachts « rechargés » pourraient ainsi devenir fournisseurs du réseau d’électricité si nécessaire. Cette approche dite de « prosumer » peut être un élément important pour le développement de bateaux éco-responsables intégrant les technologies innovantes pour valoriser la coopération entre la Marina et son hôte. David-Pierre Mangiapan a ainsi insisté sur le fait qu’il est important de permettre aux données de circuler pour permettre plus de création de valeur. Les Smart Solutions sont souvent déployées pour diverses applications et il est nécessaire de fusionner ces informations pour prendre les meilleures décisions. Pour Mark Brown de Teledyne, ces solutions digitales aident à atteindre les objectifs de durabilité, mais peuvent s’accompagner d’un risque de cybersécurité ; Earl Presson de préciser notamment que parmi les startups qui ont concouru pour le prix d’innovation, les sociétés traitant de la cybersécurité ont retenu toute leur attention et que cette initiative a permis de prendre contact et d’envisager des collaborations futures.

Et les vainqueurs sont…

Sur la centaine de candidatures déposées, 55 sociétés de 30 pays ont été retenues par les experts de Blumorpho, société spécialisée dans l’innovation. L’aventure s’est poursuivie avec un Grand Oral mené par un jury d’experts composé de 32 industriels, investisseurs et représentants de sociétés qui font référence dans leur domaine, Credit Suisse, Bombardier, SBM Offshore, Veolia, Bouygues Construction, Colas, Bosch, Suez, Holcim, PureTerra Ventures, BtoV, Circularity Capital, SNGLR, SMEG, la Fondation Prince Albert II de Monaco, le Yacht Club de Monaco ou encore NGE Connect. 160 rencontres en distanciel ont ainsi été organisées ces trois dernières semaines.

Lors de ces oraux, chaque start-up a pu défendre son projet et le valoriser pour espérer remporter un Monaco Smart & Sustainable Marina Award décerné lundi 20 septembre. Après un Consensus Meeting (jeudi 16 septembre), 15 sociétés ont finalement été retenues, dans les catégories suivantes : équipement, santé, optimisation de l’énergie, traitement des déchets, biodiversité et sécurité. Sur ces start-ups, seule une poignée a été récompensée lundi 20 septembre en fin de journée lors d’une remise des prix très attendue.

José Marco Casellini, CEO de M3 (Monaco Marina Management), entouré des partenaires et institutionnels, a procédé à la remise des Monaco Smart & Sustainable Marina Awards récompensant trois start-ups innovantes, sans oublier les quatre prix coups de cœur décernés à Hospithome, Humint Consulting, Seaflex et Cyrias Technologies.
« C’est une grande fierté d’être récompensée ici à Monaco. Un pays où la prise de conscience pour la protection de l’environnement marin est née, ce qui est notre raison d’être chez Greencity Organisation », a réagi Isabelle Gerente, fondatrice de cette start-up, auréolé d’un Award.
Pour Catherine de Roincé, Présidente de Terroïko et troisième lauréate du Monaco Smart & Sustainable Marina Awards « C’était une journée très inspirante avec de nombreuses interventions pertinentes qui nous ont permis de prendre du recul sur nos défis ». Avant de poursuivre : « C’est un plaisir de recevoir une récompense d’un public aussi convaincu, aussi exigeant, donc je prends ça pour une véritable marque d’intérêt pour nos solutions ».
« Personnellement, c’est un bel accomplissement » note Stéphane Paul, CEO de H2X-Ecosystems « c’est fantastique également pour toute l’équipe. C’est un projet de haute technologie qui rentre dans un écosystème complet pour revoir les modèles économiques et amener des produits qui permettent d’apporter plus de bienfaits pour l’environnement ».
H2X-Ecosystem qui, par ailleurs, fait partie des entreprises qui ont reçu le Label Solar Impulse dont le fondateur Bertrand Piccard a tenu à adresser un message aux participants et aux organisateurs « Je ne suis pas surpris de voir, une nouvelle fois, l’esprit pionnier de Monaco. C’est très perspicace de se focaliser sur les marinas et sur le yachting, parce qu’il existe tellement de solutions capables de les rendre plus éco-responsables. Tous les participants ont la possibilité d’avoir un impact ».
Les gagnants auront également la possibilité de venir présenter leur projet à l’occasion de la prochaine Monaco Ocean Week 2022, organisée par la Fondation Prince Albert II de Monaco et ainsi leur offrir une visibilité inédite. Après cette journée inédite et intense de rencontre et d’interactions, les participants ont pris date pour une nouvelle édition en septembre 2022.

Palmarès Monaco Smart & Sustainable Marina
Prix Credit Suisse :                                                             Green City (France)
Prix Bombardier :                                                               Terroiko (France)
Prix SBM Offshore :                                                            H2X Ecosystems (France)
Prix coup de cœur Monaco Marina Management : Hospithome (Switerland) et Humint Consulting (Italy)
Prix coup de cœur de Credit Suisse :                            Seaflex (Sweden)
Prix coup de cœur Teledyne :                                          Cyrias (USA)